Cet article paraît dans la plus récente édition du AnieMag.

Isa Ekkip+Gym du Plateau studio

Avec l’augmentation de personnes en surpoids, une population vieillissante et un système de santé à deux vitesses, l’instructeur de cours de groupe est plus que jamais un joueur majeur dans la prévention de la santé des Québécois. Je souhaiterais donc souligner la contribution de l’instructeur, qui est non seulement de divertir, mais surtout d’aider les personnes qui cherchent à retrouver ou à maintenir la forme, mais aussi de prévenir les problèmes de santé à plus long terme. Cela étant dit, évoluant dans l’industrie de la mise en forme et de la danse depuis plus d’une décennie, j’ai souhaité faire une réflexion sur ce milieu que j’affectionne tant et poser un regard sur certaines réalités du métier d’instructeur. En fait, l’industrie de la mise en forme, plus particulièrement le volet des cours de groupe, a connu toute une évolution ces dernières années. Alors, tout en tenant compte des bons côtés de la médaille, jetons un coup d’œil à quelques aspects de cet emploi que certains instructeurs trouvent inquiétants. Pourrait-on donner aux cours de groupe leurs lettres de noblesse en apportant des modifications à ces aspects? Car, après tout, il est reconnu depuis de longue date que la rétention des clients qui participent aux cours de groupe est nettement supérieure à celle des autres services offerts dans un gym, et cet aspect est très intéressant pour les opérateurs.

L’INTERCHANGEABILITÉ

Tout d’abord les instructeurs de cours de groupe pourraient devenir interchangeables depuis l’arrivée des contenus de cours préchorégraphiés (tels Insanity, Piloxing, Body Training Systems, Zumba, Pound, qui sont des contenus préfédinis proposés par une marque de commerce). Les instructeurs qui enseignent ce format craignent perdre de la valeur aux yeux de leur employeur. Pourquoi? D’abord, parce dans la plupart des cas, ils n’ont pas à construire un cours (le contenu étant prédéfini), mais aussi parce leur contrôle sur le programme présenté est limité. Qui plus est, l’instructeur n’exploite ni ses compétences ni sa créativité, seulement ses habiletés d’animation. Précisons toutefois que certains programmes sont plus restrictifs que d’autres. La Zumba, par exemple, offre un bel équilibre entre les cours « Freestyle » (cours dans lequel l’instructeur créee son propre contenu)  et les cours préchorégraphiés, et leurs instructeurs conservent, pour la plupart, l’appréciation de leurs employeurs. Pour ce qui est des « produits » préchorégraphiés autres que Zumba, l’instructeur peut se faire remplacer plus facilement étant donné que d’autres instructeurs sont en mesure de fournir un service identique. Cette réalité met beaucoup de pression sur les instructeurs, qui craignent parfois de perdre leur place.

LES FRAIS LIÉS AU MÉTIER

Faut-il être riche pour exercer le métier d’instructeur? Prenons encore une fois l’exemple de la marque de commerce Zumba, qui exige que l’instructeur devienne membre ZIN (une personne qui consent à payer mensuellement des frais liés aux contenus proposés par la compagnie ZUMBA) dans les douze premiers mois suivant l’obtention de sa certification ZUMBA. S’il n’accepte pas d’assumer les frais mensuels pour conserver son droit d’afficher Zumba à l’horaire (et pour les CD et DVD que fournit Zumba), il devra refaire sa formation l’année suivante, sans quoi il perd le droit d’enseigner ce format. Parmi les autres dépenses de l’instructeur, il y a aussi les congrès annuels (incroyablement inspirants!), les ateliers de perfectionnement, la musique, les vêtements (souvent griffés) et les outils de travail (iPod, iPad, chronomètre, sifflet, montre sportive, etc.).

UNE PRESSION ACCRUE

La pression sur les instructeurs est grandissante pour ce qui est du rendement physique. L’instructeur se doit d’être au sommet de sa forme, car c’est la nature même de son métier. Lorsque des courbatures se font sentir ou une foulure se produit, il a la responsabilité de se faire soigner, et ce, sauf exception, très souvent à ses frais. Son corps étant son outil de travail, il doit remédier rapidement aux douleurs engendrées, en plus de faire de la prévention par l’entremise de massages, de soins divers, d’une alimentation adéquate, etc. Il ne connaitra que plus tard les répercussions physiques à long terme de ce travail sur son corps, moment où il n’aura probablement plus de recours à cet effet. De plus, on exige en tout temps de l’instructeur un niveau de performance exceptionnel. Avec l’arrivée des cours à intensité extrême (HIIT, CrossFit, Insanity, P90X), on lui en demande toujours plus quant à l’intensité de son cours, sans parler de la pression qu’il se met lui-même par rapport à sa popularité, en l’occurrence le nombre de personnes présentes à ses cours. Pourtant, pour ce qui est de ce dernier point, il a été démontré à maintes reprises que les fluctuations dans le taux de participation sont le plus souvent hors le contrôle de l’instructeur. Il n’est pas responsable des impondérables, comme la température, les jours fériés, les vacances, les congés pédagogiques (pas de gardienne), la fatigue, le stress, les troubles de santé, les blessures et le manque de temps des participants.

LES PARADOXES DU MÉTIER

Comme dans plusieurs professions (psychologues, médecins, etc.), les messages véhiculés ne sont pas toujours mis en pratique par ceux qui les communiquent. Dans le cas de l’instructeur de cours de groupe, celui-ci prône l’équilibre à l’entraînement, la bonne nutrition, l’hydratation, ainsi que d’autres prises d’habitudes de vie saine. Paradoxalement, son métier le contraint à faire l’inverse puisqu’il ne s’accorde pas forcément les moments de repos nécessaires à la pleine récupération de son corps, ne s’hydrate pas suffisamment, et ne consulte pas un spécialiste dès qu’il éprouve une douleur physique.

PETIT TRAIN VA LOIN

Alors, comment améliorer certaines de ces réalités? Et comment assurer la survie de ce beau métier qui n’a pourtant jamais reçu ses lettres de noblesse? Le simple fait de prendre conscience de la réalité du milieu est un pas dans la bonne direction. J’ajouterais qu’il est nécessaire d’éduquer la population quant à l’importance du rôle de l’instructeur dans la prise d’habitudes de vie saine. Je souhaiterais donc souligner la contribution de l’animateur, qui est non seulement de divertir, mais surtout d’aider les personnes qui cherchent à retrouver ou à maintenir la forme, mais aussi de prévenir les problèmes de santé à plus long terme. Et pour terminer, je me permets de reprendre le premier paragraphe de cet article: Avec cette augmentation de personnes en surpoids, une population vieillissante et un système de santé à deux vitesses, l’instructeur est plus que jamais un joueur majeur dans la prévention de la santé des Québécois.